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Matériau

Les atouts d’une production maîtrisée : « Construire intelligemment pour un cadre de vie en mutation »

Le secteur de la construction doit réaliser des logements, des infrastructures et des espaces publics avec une main-d’œuvre qualifiée plus rare, des exigences climatiques croissantes et des ressources limitées. Les attentes envers les bâtiments augmentent également. Pour Vincent Kerkstoel, président de FEBE, et Stef Maas, directeur de la Fédération de l’Industrie du Béton Préfabriqué, la préfabrication en béton apporte une partie de la réponse. Production industrielle, numérisation et propriétés du béton ouvrent la voie à des méthodes constructives plus efficaces.

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Stef Maas : « De nombreux éléments autrefois coulés sur chantier, comme les colonnes et les poutres, sont désormais préfabriqués. En Europe du Nord et en Scandinavie, cette évolution est particulièrement marquée. La fabrication en usine permet de mieux organiser les équipes, les machines, les contrôles qualité et la logistique. Elle réduit aussi la dépendance aux conditions météorologiques : chaleur extrême, froid ou précipitations perturbent davantage un chantier qu’une production en environnement maîtrisé. »

Le béton préfabriqué répond-il aussi à la pénurie de personnel ?

Vincent Kerkstoel : « Absolument. L’enjeu consiste à construire davantage et mieux avec les effectifs disponibles, plutôt qu’à simplement remplacer les travailleurs par des machines. En usine, l’automatisation réduit les tâches répétitives et pénibles, tout en offrant de meilleures conditions ergonomiques. Sur chantier, les équipes se concentrent davantage sur le montage que sur la fabrication. Face à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, créer un maximum de valeur en amont devient essentiel. Le béton préfabriqué favorise cette industrialisation, avec une qualité et des délais plus prévisibles. »

La préfabrication impose-t-elle de tout décider plus tôt ?

Stef : « Cet argument avait du poids autrefois. Aujourd’hui, le BIM et la complexité technique des bâtiments imposent une coordination précoce, quelle que soit la méthode constructive. La préfabrication garde toutefois une spécificité : une fois l’élément fabriqué, les choix sont concrétisés. Le béton coulé en place permet parfois de reporter une décision ou de modifier un détail au dernier moment. Mais pouvoir intervenir tardivement signifie-t-il construire plus efficacement et plus professionnellement ? »

Quel rôle joue le BIM dans la préfabrication en béton ?

Vincent : « Le BIM va bien au-delà d’une maquette 3D servant à détecter les conflits entre techniques spéciales. Dans un processus industrialisé, les données du projet alimentent successivement les études d’exécution, la production, la planification, la logistique et le montage. La chaîne numérique rejoint ainsi la chaîne physique. Cette continuité convient parfaitement au béton préfabriqué : des données bien structurées améliorent l’efficacité de la fabrication. Le modèle conserve aussi des informations utiles pour l’entretien, les transformations et le réemploi futur des éléments. »

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©FEBE

Quel lien avec la construction modulaire ?

Stef : « Préfabrication et construction modulaire recouvrent deux réalités distinctes. La première est une méthode de production et de maîtrise des risques ; la seconde, une stratégie de conception. Un module peut être une pièce complète, mais aussi un assemblage de composants aux dimensions standardisées. Cette approche orientée objets, familière à notre secteur, s’intègre naturellement au BIM. »

Vincent : « La modularité doit répondre à un besoin précis. Chaque élément n’a pas vocation à être démonté et réutilisé ailleurs après vingt ou trente ans. Pour certaines applications, le réemploi présente un réel intérêt ; pour d’autres, une très longue durée de vie crée davantage de valeur. L’approche modulaire doit aussi préserver les performances structurelles. Le bon choix dépend toujours du bâtiment et de son usage. »

Dans quelle mesure le béton préfabriqué est-il circulaire ?

Vincent : « La circularité repose avant tout sur la conservation de la valeur. Il s’agit de maintenir les matériaux et produits à leur niveau d’utilité le plus élevé. Cette valeur se trouve d’abord dans un bâtiment qui remplit sa fonction, plutôt que dans une tonne de béton ou de granulats. La première stratégie circulaire consiste donc à construire durablement, avec une capacité d’adaptation aux futurs besoins. »

Stef : « Lorsqu’il devient impossible ou peu pertinent de conserver le bâtiment, on examine le réemploi d’éléments complets. Une poutre, une colonne ou une dalle réutilisée conserve davantage de valeur qu’un élément concassé. Vient ensuite le recyclage du béton en granulats, utile mais situé plus bas dans la hiérarchie de valeur. La priorité est de prolonger au maximum les étapes précédentes. Le béton préfabriqué peut contribuer à chacune d’elles. »

Faut-il concevoir chaque élément préfabriqué en béton pour le réemploi ?

Stef : « Ce serait une vision trop réductrice. Une prédalle, par exemple, sera rarement déposée, découpée puis réutilisée après plusieurs décennies. Son meilleur bilan environnemental peut provenir d’une utilisation sobre des matériaux, d’une fabrication de qualité et d’une longue durée de vie. À l’inverse, certains éléments de plancher alvéolés, poutres ou colonnes se prêtent davantage au démontage et au réemploi. Chaque application appelle sa propre stratégie circulaire. »

Le béton préfabriqué va-t-il au-delà des structures porteuses ?

Vincent : « Absolument. Le béton préfabriqué dépasse largement les structures porteuses. Précision dimensionnelle, qualité, finition, rapidité et optimisation des ressources bénéficient à de nombreux produits. L’aménagement des espaces publics et privés a notamment connu de grandes innovations. Aux pavés classiques et aux revêtements imperméables s’ajoutent aujourd’hui des solutions en béton qui associent une surface praticable et résistante aux charges à la gestion des eaux pluviales. »

Vincent : « Ces solutions permettent de concilier surface fonctionnelle et infiltration. Avec des systèmes perméables ou à joints drainants et une fondation bien conçue, l’eau de pluie peut s’infiltrer, être temporairement stockée ou évacuée progressivement. Les produits en béton participent ainsi concrètement à l’adaptation au changement climatique. »

Comment le secteur répond-il à la question des émissions de CO₂ du béton ?

Vincent : « Le béton est utilisé en quantités considérables à l’échelle mondiale. Une réduction même modeste de son impact environnemental par unité produit donc des effets importants. Le secteur travaille sur des formulations plus performantes, la réduction du clinker, des liants alternatifs et l’optimisation des éléments comme des procédés. L’usine permet un pilotage précis des consommations de matériaux et de la qualité. Mais l’évaluation doit aussi porter sur ce que le béton rend possible. Une structure qui reste performante durant des décennies sans remplacement prématuré présente un avantage environnemental majeur. L’impact doit être apprécié sur l’ensemble du cycle de vie, au regard des performances offertes. »

Quelles propriétés du béton sont parfois sous-estimées ?

Stef : « On oublie parfois la fonction protectrice du béton. Un bâtiment doit offrir sécurité et protection face à son environnement. La résistance au feu des structures en béton constitue un atout naturel, d’autant plus pertinent avec l’évolution du climat et la multiplication des feux de végétation dans certaines régions du monde. Cette protection concerne aussi le bruit, les intempéries et les températures. À mesure que les quartiers se densifient, le confort acoustique et l’intimité des occupants prennent davantage d’importance. »

Vincent : « L’inertie thermique du béton joue également un rôle : les structures absorbent la chaleur, puis la restituent, ce qui atténue les variations de température. Une conception adaptée exploite cette propriété pour améliorer le confort intérieur et limiter la surchauffe. Les matériaux du bâtiment contribuent ainsi directement à la régulation thermique, en complément des installations techniques. »

Le béton préfabriqué est-il une solution pour la construction de demain ?

Vincent : « Tout dépend de la manière dont nous voulons habiter demain. Il faut créer des logements supplémentaires tout en préservant les espaces ouverts et naturels. Nous construirons donc souvent de façon plus compacte et plus dense. Le béton possède des qualités utiles dans ce contexte : confort acoustique et intimité entre occupants, résistance au feu et aux intempéries extrêmes, mais aussi inertie thermique pour limiter les fluctuations de température et améliorer le confort. »

Stef : « La préfabrication y ajoute la logique industrielle : concevoir numériquement, optimiser les quantités de matériaux et produire en conditions maîtrisées. Le béton préfabriqué contribue simultanément à plusieurs objectifs : efficacité de la construction, protection des personnes, confort d’habitation, préservation de la valeur des matériaux et utilisation raisonnée de l’espace disponible. »

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